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Résistance des plantes matures : pourquoi les betteraves âgées sont-elles moins sensibles à certaines jaunisses ?

Véronique Brault, directrice de recherche à INRAE, partage les résultats des recherches menées au sujet de la résistance des plantes matures dans le cadre de la betterave sucrière et de la résistance à la jaunisse.

ITB : À quoi correspond la « résistance des plantes matures » ?

 

Véronique Brault : Il s'agit d'un phénomène connu depuis longtemps et observé chez de nombreuses espèces végétales vis-à-vis de différents bioagresseurs, comme certains virus, champignons ou insectes. Son principe est simple : à mesure que la plante vieillit, elle devient naturellement moins sensible à certaines infections ou attaques d'agresseurs.

 

En revanche, les mécanismes biologiques qui expliquent cette résistance restent largement inconnus. Les travaux réalisés sur certaines espèces montrent qu'il s'agit probablement de plusieurs mécanismes qui varient selon les plantes. Chez la betterave, nous savons que ce phénomène existe, mais nous ne savons pas encore précisément pourquoi.

 

ITB : Comment avez-vous étudié ce phénomène sur la betterave ?

 

V.B. : Dans le cadre du PNRI, nous avons inoculé séparément les quatre virus responsables des jaunisses à des betteraves de différents stades de croissance, en utilisant des pucerons virulifères. Trois semaines après l'inoculation, nous avons vérifié quelles plantes étaient infectées. Les résultats montrent un comportement différent selon les virus.

 

ITB : Quels sont les principaux enseignements ?

 

V.B. : Pour les deux polérovirus, on observe clairement que plus la betterave est âgée, moins elle est sensible à l'inoculation des virus par les pucerons. À partir des stades les plus développés, le pourcentage de plantes infectées devient très faible. En revanche, cette diminution n'est pas observée pour les deux autres virus étudiés, notamment le BYV, qui peut toujours infecter des plantes plus âgées. Cela montre que la résistance des plantes matures n'est pas efficace contre les inoculations par pucerons de tous les virus.

 

ITB : Pourquoi cette différence entre les virus ?

 

V.B. : Les virus ne sont pas tous transmis de la même façon par les pucerons. Les polérovirus nécessitent que le puceron se nourrisse plus longtemps dans le phloème pour transmettre le virus. Ils nécessitent un temps de contact prolongé entre les pucerons et les betteraves pour être inoculés. À l'inverse, d'autres virus, comme le BYV, peuvent être transmis après un temps de contact beaucoup plus bref avec la plante. Notre hypothèse est donc que la résistance des plantes matures perturbe le comportement du puceron, mais pas suffisamment pour empêcher la transmission des virus qui nécessitent seulement quelques instants de contact entre le puceron et la plante.

 

ITB : Que se passe-t-il alors chez le puceron ?

 

V.B. : Deux hypothèses ont été explorées. La première était que le puceron n'arrivait plus à atteindre le phloème des plantes âgées. Pour le vérifier, nous avons étudié très précisément son comportement alimentaire, mais nous n'avons observé aucune différence majeure : les pucerons atteignent le phloème et se nourrissent de manière comparable, quel que soit l'âge de la betterave. Cette hypothèse ne permet donc pas d'expliquer les résultats.

 

Nous avons ensuite réalisé des analyses métabolomiques afin d'identifier des molécules qui s'accumuleraient progressivement avec l'âge de la plante. Nous avons observé une accumulation de saponines, des composés déjà connus chez la betterave pour leurs propriétés insecticides et anti-appétentes. Elles constituaient donc de bonnes candidates. Mais là encore, les résultats ne confirment pas cette hypothèse. Les pucerons survivent même un peu mieux sur les jeunes feuilles, qui contiennent pourtant davantage de saponines. Ces composés ne semblent donc pas expliquer à eux seuls la résistance observée.

 

ITB : Peut-on aujourd'hui expliquer le mécanisme de cette résistance ?

 

V.B. : Non, pas encore. Nos travaux permettent surtout d'éliminer certaines hypothèses. Ils montrent que les choses sont probablement plus complexes qu'on ne l'imaginait.

 

Nous nous demandons désormais si cette résistance agit uniquement contre le puceron ou également contre le virus lui-même. Il est aussi possible qu'elle varie selon les feuilles d'une même plante plutôt qu'en fonction de l'âge global de la betterave. Ces questions restent ouvertes.

 

ITB : Que peut-on retenir aujourd'hui pour la protection de la culture ?

 

V.B. : Le principal enseignement est que les betteraves deviennent effectivement moins sensibles à certains virus des jaunisses au fur et à mesure de leur développement. C'est une observation ancienne, confirmée par nos travaux en laboratoire.

 

En revanche, cela ne signifie pas que toutes les jaunisses disparaissent lorsque la plante vieillit. Certains virus, comme le BYV, peuvent encore être transmis à des stades plus avancés, même si les conséquences d'une infection tardive sur le rendement sont plus faibles qu'après une contamination précoce.

 

ITB : Pourquoi est-il important de poursuivre ces recherches ?

 

V.B. : Parce que si nous comprenions précisément les mécanismes responsables de cette résistance naturelle, cela ouvrirait des perspectives importantes pour la sélection variétale. L'objectif serait de développer des betteraves capables d'exprimer cette résistance plus précocement, au moment où les jeunes plantes sont les plus vulnérables aux jaunisses. Mais aujourd'hui, malgré de nombreux travaux menés en France comme à l'étranger, ce mécanisme reste encore largement à élucider.

 

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