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Entretien avec A. Métais, observateur des « fermes pilotes d’expérimentation »

ITB National ·

Alexandre Métais, responsable régional Normandie/Val d'Oise, présente les différentes expérimentations menées par l'ITB dans la région et plus particulièrement, l'essai d'une bande fleurie pérenne à Gouzangrez (95).

ITB : En quoi consistent les essais menés dans les fermes pilotes par la délégation ITB Normandie/Val d'Oise ?

 

A.M : La délégation ITB Normandie/Val d'Oise suit quatre sites dans le projet : deux en Seine-Maritime, en collaboration avec Cristal Union un dans le Val-d’Oise, et un dans l’Eure. Nous testons particulièrement l’effet des plantes compagnes comme l’avoine, la fèverole, la vesce, et la luzerne. Nous évaluons également l’effet de graminées inoculées avec des champignons (endophytes) produisant des composés insecticides. A Gouzangrez, nous mesurons l’impact des bandes fleuries sur les populations de pucerons et d’auxiliaires. 

Dans cette parcelle, nous avons également expérimenté les lâchers de chrysopes et d’hyménoptères parasitoïdes avec la société Bioline (voir entretien avec Quentin Tilloy pour la description du dispositif). 

Sur d’autres parcelles nous avons pulvérisé des œufs de chrysopes avec la société IFTECH (voir une vidéo du dispositif ici).

Pour toutes ces expérimentations, nous avons bénéficié de l'appui des chambres d'agriculture, pour le choix de parcelles appropriées et la mise en place des dispositifs. C'est l'ITB qui prend en charge les observations à partir de fin avril / début mai, à l’arrivée des premiers pucerons, jusqu’à la couverture totale du sol. 

 

ITB : Qu'est ce que les essais avec les bandes fleuries ?

A.M : L'objectif des bandes fleuries est de constituer un refuge et une source de nourriture utile aux auxiliaires. Ici, sur cette bande fleurie dite pérenne, on trouve différentes espèces de fleurs : marguerite, achillée millefeuille, lin pérenne, petite pimprenelle, bleuet, trèfle, et moutarde. Les premières fleurs ont été observées à partir du 10 mai, et il a fallu attendre début juin pour que la bande fleurie atteigne un nombre de fleurs maximum.

Dans d'autres fermes pilotes, des bandes fleuries ont été implantées début mars. Dans cette situation, les plantes ont mis du temps à se développer.Les premières fleurs n'ont été observées qu’à partir de début juin. 

 

Bande fleurie de Gouzangrez

 

ITB : Comment est assuré le suivi des expérimentations bandes fleuries ?

A.M : Pour mener les essais, nous faisons des observations à différentes distances de la bande fleurie : à 5 m, à 25 m, et à 50 m. En comparaison, nous observons une zone témoin, c’est-à-dire d’un endroit où il n’y a pas de fleur, et nous faisons les mêmes observations. 

 

ITB : Que pouvez dire de l’ensemble des Fermes Pilotes observées par la délégation ITB Normandie / Val d'Oise ?

A.M : En Normandie et Val d'Oise, nous avons mis en place trois autres FPE avec d’autres leviers testés. 

Sur la Ferme Pilote de Nojeon-en-Vexin, des dispositifs de plantes compagnes ont été testés, où l’avoine se distingue des autres avec un effet de réduction des populations de pucerons sur les betteraves.

Sur la ferme de Goderville, des fétuques inoculées avec des champignons produisant des composés insecticides ont été semées l’été dernier, et ont été maintenues en début de cycle des betteraves. Moins de pucerons ont été observés sur les modalités avec ces fétuques. 

Sur la ferme d’Envronville, un semis sous couvert de luzerne a été testé, avec un effet significatif sur les populations de pucerons. En revanche, la luzerne a été concurrentielle vis-à-vis des betteraves et la gestion du désherbage a été très difficile.

 

ITB : Avez-vous rencontré des difficultés dans le suivi des essais ?

 

A.M : Pour les fétuques inoculées avec des champignons (endophytes) nous avons rencontré des difficultés. L'objectif était de venir semer les betteraves dans un couvert de fétuque et de détruire ce dernier après la levée des betteraves. Semées au mois d’aout l’année dernière, la fétuque s’est rapidement développée après le semis des betteraves, et sa destruction a été difficile. En conséquence les betteraves ont subi un retard de développement assez conséquent. 

Pour les essais « plantes compagnes », la vesce a particulièrement souffert des températures froides du printemps. De plus, les herbicides « betterave » manquent de sélectivité sur la vesce.

Pour toutes les plantes compagnes, il faudra, dans les années qui suivent, trouver un bon équilibre entre le développement de ces dernières et celui de la betterave. Il faudra bien identifier leur efficacité par rapport aux populations de pucerons et d'auxiliaires et enfin, faire un bilan des coûts/bénéfices et risques pour les betteraves.

 

ITB : Quel est votre rôle dans le projet fermes pilotes d’expérimentation ? 

 

AM : D’abord, mon rôle - comme celui de mes collègues de région - a été de prendre contact et d’aller chercher des lieux intéressants où faire les expérimentations. Il fallait trouver des agriculteurs qui souhaitaient s’investir dans un tel projet. Sur le site de Gouzangrez, l’agriculteur est en conversion vers l'agriculture biologique pour une partie de son exploitation. Il est assez sensible aux questions relatives à la protection de l’environnement, la conservation des sols et la biodiversité, l’utilisation minimum d’insecticides. C’est cela qui nous a motivés à travailler avec lui et à réaliser des essais dans sa parcelle. Pour le reste, mon rôle est de mettre en place et mener à bien le suivi des essais, et faire les observations pour acquérir des connaissances. 

 

ITB : Comment imaginer de telles pratiques à grande échelles, applicables pour la majorité des agriculteurs ? 

 

A.M : A grande échelle, je ne sais pas si le dispositif de plantes compagnes est envisageable pour tous les agriculteurs, mais cela en intéressera une partie, c’est certain. Beaucoup d'agriculteurs sont déjà dans des démarches d'agriculture de conservation, de réduction de l’utilisation des insecticides, d’enrichissement de la biodiversité. Si nous arrivons à démontrer un réel intérêt de ces techniques, et si nous arrivons à montrer qu’elles apportent de réelles solutions pour limiter les pucerons, sans engendrer trop de surcoût, peut-être réussirons-nous à convaincre d’autres agriculteurs. Nombreux sont ceux qui sont prêts à faire évoluer leurs pratiques.

Les bandes fleuries sont assez faciles à mettre en place, mais leur efficacité reste à prouver.

 

 

Découvrir les autres fermes pilotes et leurs dispositifs

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