La présence de Rhizopus observée en 2026 est sans commune mesure avec les précédents épisodes marquants recensés en France, en 2003 et 2006. Ce champignon du sol voit son développement favorisé par les températures caniculaires, avec des journées supérieures à 35 °C et des nuits au-dessus de 20 °C. Il pénètre dans la betterave à la faveur de blessures, notamment celles provoquées par les insectes, les coups de soleil sur des plantes défoliées ou encore les à-coups de végétation. En 2003 et 2006, les épisodes observés avaient associé fortes températures, attaques de teignes et stress hydrique.
Les observations historiques montrent que l’évolution de la maladie peut être très différente d’une parcelle à l’autre. En 2003, le suivi de huit parcelles en Côte-d’Or avait ainsi montré des situations relativement stables et d’autres où la proportion de betteraves atteintes continuait à progresser fortement en septembre.

Évolution de la proportion de betteraves atteintes dans huit parcelles suivies par l’ITB en Côte-d’Or en septembre 2003
Les observations de 2026 confirment que cette progression peut se poursuivre : dans un essai suivi en Champagne, la proportion de betteraves pourries est passée de 8 % le 4 août à 48 % le 15 septembre. La vitesse de dégradation peut également être importante : des références espagnoles montrent qu’une fois le champignon entré dans la plante, la pourriture peut gagner l’ensemble de la racine en une semaine.
Un effet variétal est observé. Dans un essai conduit en Champagne en 2026, certaines variétés sont passées de 5 à 10 % de betteraves pourries entre le 4 août et le 15 septembre, quand d’autres sont passées de 5 à 50 %. Ces résultats sont en cours de consolidation avec d'autres essais.
Dans ce contexte, l’évolution dans les prochaines semaines dépendra notamment des conditions météorologiques ; à ce jour, les prévisions indiquent le maintien d’un temps globalement sec.
La date d’arrachage à raisonner selon l’état de la parcelle
Les betteraves les plus précocement atteintes sont aujourd’hui fortement dégradées et peuvent ne plus être ramassables par une arracheuse. En revanche, les racines en cours de pourriture peuvent encore être récoltées alors qu’elles ont déjà perdu une partie de leur valeur.
Retarder l’arrachage peut permettre aux betteraves saines de poursuivre leur croissance, tandis que les racines les plus atteintes continuent à se dégrader au champ et peuvent ne plus être ramassées par l’arracheuse. Mais le gain sanitaire attendu paraît limité : les betteraves contaminées continuent à perdre du sucre et à se dégrader. Si elles sont finalement récoltées, elles peuvent perturber la chaîne logistique en usine, notamment en raison du développement de bactéries fermentaires. Enfin, la dégradation ne s’arrête pas à l’arrachage : la pourriture peut progresser rapidement en silo.
Une fiche bioagresseur pour faire le point sur l’état des connaissances
Face à une maladie encore peu documentée en betterave, l’ITB publie une nouvelle fiche consacrée au Rhizopus. Issue d’un travail approfondi de recherche bibliographique, elle synthétise les données disponibles sur le champignon : biologie, symptômes, conditions favorables à son développement, facteurs de risque et pistes de gestion.
Elle vient enrichir la collection des fiches bioagresseurs de l’ITB, conçues comme des ressources techniques de référence sur les maladies et ravageurs de la betterave.







