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Le désherbage en production biologique de betterave

C’est l’étape de l’itinéraire technique la plus importante pour la culture biologique de la betterave. Un échec lors du désherbage peut compromettre la récolte de la parcelle. En effet, la betterave est particulièrement sensible à la concurrence des adventices depuis la levée jusqu’au stade de couverture du sol.

En conduite biologique, il est nécessaire de travailler mécaniquement sur toute la surface de la parcelle, à des stades de betteraves précoces.

La gestion du salissement ne doit pas se limiter à la multiplication d’interventions mécaniques et manuelles, elle doit aussi mobiliser des leviers agronomiques :

  • Soigner l’implantation de la culture et le choix des variétés afin d’obtenir une levée rapide et homogène,
  • Eliminer les adventices les plus difficiles à détruire (vivaces) par le travail du sol profond en interculture. Dans la mesure du possible il est recommandé de ne pas implanter la betterave dans les situations où la présence de vivaces est généralisée, et où la pression en adventices est particulièrement élevée.
  • Utiliser une variété tolérante au nématode à kystes dans les parcelles où ce ravageur a été identifié. Cela permettra d’éviter des zones moins couvertes par le feuillage qui seront favorables aux levées d’adventices en été.

Adventices et rendement

L’incidence des adventices sur le rendement en betteraves a été travaillée antérieurement par l’ITB. Des prélèvements ont été faits dans différentes parcelles afin d’évaluer la concurrence engendrée par les adventices (colzas et chénopodes notamment). La courbe ci-dessous montre qu’une faible présence d’adventices au mètre carré entraîne rapidement de grosses pertes de rendement. Si l’on veut préserver le potentiel de rendement en betterave biologique et ne pas compromettre les rotations futures pour les autres cultures biologiques, l’efficacité du désherbage mécanique est primordiale. 

Source : ITB

L’itinéraire de désherbage en culture biologique

Il est primordial d’intervenir le plus tôt possible car la principale difficulté en betterave biologique est de gérer les adventices sur le rang de betterave.

Première action de désherbage : la technique du faux semis

La technique du faux semis est indispensable dans le cadre de la culture de la betterave biologique. Elle va permettre de réduire la quantité de levées d’adventices dans la culture semée.

La technique du faux semis consiste à alterner différents passages d’outil à action différente. Un premier passage de préparation du lit de semence affine et rappuie pour faire germer les adventices, et le second passage d’hersage ou d’étrillage laisse un sol veule pour détruire les jeunes plantes sans craindre le repiquage. Le premier passage peut être un peu plus profond que le second.

Comme le montre cette expérience effectuée à Liesse Notre Dame dans l’Aisne en 2019, les passages de différents outils permettent le jour de la préparation le 17 avril d’avoir réduit le stock de graines qui pourraient potentiellement lever dans la culture. Le temps entre les deux préparations est pratiquement de deux mois avec trois passages d’outils pendant l’intervalle.

Une autre expérience effectuée en 2019 dans la Marne valide l’intérêt du faux-semis grâce à une préparation anticipée de 15 jours, suivi d’un nettoyage à la herse étrille avant la réalisation du semis des betteraves. Il faudra néanmoins faire attention au dessèchement du lit de semences.

Pour plus de détails sur cette technique du faux semis, l’article ITB : « Fertilisation et travail du sol pour la culture bio » (http://www.itbfr.org/tous-les-articles/article/news/fertilisation-et-travail-du-sol-pour-la-betterave-bio-1/) peut vous renseigner.

Deuxième action de désherbage : les interventions après semis

En prélevée :

L’opération est assez délicate mais permet avec un passage après le semis, d’une herse étrille avec réglage des dents par ressort, de détruire les adventices au stade « fil blanc » avant que les betteraves ne commencent à lever.

Toutefois, cette pratique requiert beaucoup de soins pour être réussie :

  • La préparation de sol doit être correctement nivelée et rappuyée de manière à réaliser un semis de « qualité » (profondeur constante). 
  • Une surveillance assidue de l’état de germination est obligatoire pour ne pas déranger l’implantation de la culture et pénaliser la population, au risque d’une forte perte de pieds.

Cette technique peut avoir des résultats hétérogènes ou ne pas être possible en fonction de la vitesse de levée des betteraves. L’efficacité du désherbage avec cette technique n’est pas toujours démontrée. La non maîtrise de la quantité de terre que l’on remet sur le rang peut également générer des hétérogénéités de levée.

En post-levée :

Les deux matériels à prioriser pour les premières interventions sont la bineuse et la herse étrille avec réglages des dents par ressort. Cette dernière avec des réglages appropriés va permettre un bon compromis entre efficacité et sélectivité. Les passages vont être à envisager dès que possible après un essai sélectivité au champ.  

En bio, il est nécessaire d’être réactif pour ces premières interventions : elles sont primordiales pour la suite du désherbage. Il faudra intervenir dès la moindre « fenêtre » météorologique. 

Le passage répété d’une bineuse (avec ou sans moulinets) est nécessaire pour maintenir une culture sans adventices trop développées. L’utilisation de protège plants lors des premiers passages est nécessaire afin de protéger la culture.

Troisième action de désherbage : le désherbage manuel

Malgré tous les efforts effectués pour permettre un bon désherbage en préventif ou sur la culture en place, il est nécessaire d’avoir recours au désherbage manuel pour la gestion du salissement dans le rang. Cette opération doit, si possible, être effectuée lorsque les adventices ne sont pas trop développées, souvent lorsque les betteraves sont au stade 6-10 feuilles.

Des expérimentations effectuées ces deux dernières années dans le département de l’Aisne nous renseignent qu’il faut entre 80 et 100 heures/ha de désherbage manuel pour obtenir une parcelle propre. D’autres techniques d’implantations permettent de réduire cette charge de travail. Voir la fiche. 

Les différents matériels de désherbage mécanique en betterave

Conditions d’utilisation

Il est nécessaire d’avoir sur l’exploitation du matériel de désherbage mécanique disponible et adapté avant de se lancer dans la production de betterave biologique.

Les passages mécaniques exigent un bon nivellement du sol et l'efficacité des interventions est largement tributaire des conditions météorologiques.

L’élément principal pour un bon désherbage en culture biologique est d’intervenir sur des adventices qui sont au stade « fil blanc » ou cotylédons notamment sur le rang où il n’y aura pas de rattrapage possible à part du désherbage manuel. Elles sont très peu efficaces sur les adventices vivaces et les graminées.

La bineuse avec ou sans moulinets

La machine la plus utilisée en betteraves est la bineuse. L’inter rang est travaillé par des dents et des lames. Les protèges plants sont utiles pour travailler l’inter rang à un stade précoce de la culture. L’ajout de moulinets sur la bineuse est possible afin de travailler sur le rang des betteraves. De nombreux systèmes de guidage existent pour positionner la machine au plus près du rang : guidage manuel, par caméra et guidage par traçage au sol sont les plus utilisés. Le guidage par caméra présente tout de même des limites pour des betteraves peu développées.

La herse étrille à réglages par ressort

Cette machine travaille sur toute la surface de la culture. Contrairement aux herses étrilles traditionnelles, chaque dent est réglée par un ressort ce qui permet des réglages fins, pour s’adapter au stade de la culture et aux irrégularités du sol. La herse étrille avec réglage des dents par ressort se compose de fines dents qui travaillent le sol en surface et détruisent les adventices à un stade fil blanc. Cette machine est utilisable sur la majorité des cultures de plein champ.

La houe rotative

Cette machine travaille à grande vitesse grâce à des cuillères qui projettent des particules de sol sur toute la surface de la culture. Cette machine a l’avantage d’être utilisable sur les autres grandes cultures.

La roto-étrille

Cette machine travaille sur toute la surface de la culture avec de fines dents montées en forme d’étoiles. Cette machine est utilisable sur les autres grandes cultures.

Efficacité des différents outils de désherbage mécanique sur betteraves :

Source plan bio Hauts de France groupe technique régional et ITB

 

En résumé, la réussite finale du désherbage en betterave biologique va être conditionnée par :

  • Le choix de la parcelle,
  • Un faux semis bien conduit,
  • Le fait d’avoir un matériel adapté et disponible,
  • La réussite des premières interventions mécaniques dans la culture à des stades précoces (avant 2 feuilles vraies),
  • La prévision d’un ou plusieurs passages manuels.
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Agrément conseil de l’ITB à l’utilisation des produits phytosanitaires n° 7500002.
Le portail EcophytoPIC recense les techniques alternatives à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.


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