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Un Conseil Scientifique exceptionnel dédié à la jaunisse

ITB National ·

Dans le contexte de forte pression jaunisse en 2020, notre Conseil scientifique s’est réuni le 6 juillet pour apporter son expertise sur les actions de recherche en cours à l’ITB. Présidé par Guy Richard de l’INRAE, il regroupe des membres de la recherche et de la filière. Le Ministère de l’Agriculture et des entomologistes et virologues français et internationaux ont également été invités.

Après un état des lieux pour présenter la situation de 2020, un panorama complet des travaux de recherche a permis d’échanger sur les leviers complémentaires à actionner pour accélérer la recherche d’alternatives efficaces aux traitements de semences à base de néonicotinoïdes.

 

Etat des lieux de la jaunisse en 2020

 

Le réseau d’épidémiosurveillance constitué de 226 parcelles a mis en évidence les résultats suivants :

 

  • Dès le 20 avril, plus de 75% des parcelles du réseau étaient colonisées par des pucerons
  • Les auxiliaires (coccinelles, syrphes, chrysopes, champignons entomopathogènes) n’ont eu une action efficace que 5 semaines après l’arrivée des pucerons
  • Les premiers symptômes de jaunisse sont apparus le 25 mai en région Centre

 

Des expérimentations ont par ailleurs montré que les solutions aphicides disponibles ont eu une action insuffisante dans les cas de pullulation de pucerons. Une enquête auprès des agriculteurs est en cours pour comprendre les facteurs agronomiques favorables au développement de la jaunisse.

 

Dans ce contexte, les prévisions de rendements établies par l'ITB sont de 80 t/ha à 16° de richesse, avec de forts écarts selon les scénarios d’évolution de la jaunisse pris en compte.

 

Projets de recherche en cours

 

La diversité des projets est illustrée dans le schéma ci-dessous. Les travaux cités en vert portent sur des solutions opérationnelles à court terme, ceux en bleu sont plus prospectifs. En bleu, il ne s’agit pas de leviers de lutte mais de travaux pour affiner nos préconisations pour les agriculteurs.

 

 

Evaluation de produits de protection des plantes

 

L’ITB évalue des produits aphicides homologués et non homologués, ainsi que des produits de biocontrôle. Dans le projet ABCD-B, différentes substances naturelles et microorganismes sont expérimentés. Leur efficacité reste aujourd'hui inférieure à la référence chimique (Teppeki). Seul le champignon entomopathogène L. muscarium semble se détacher du lot, avec une efficacité notable, mais nécessite des passages hebdomadaires. Pour les autres produits, malgré une tendance à la réduction des infestations de pucerons, les résultats ne sont pas satisfaisants pour différentes raisons :

-    une difficulté persistante à atteindre les pucerons nichés sous les feuilles

-    l’absence de systémie des produits

-    la nécessité d’intégrer le biocontrôle dans une combinaison de leviers à effets partiels

 

Agir sur le comportement des plantes

 

Les programmes de sélection variétale sur la jaunisse ont été réactivés par les semenciers. Les variétés sont évaluées pour leur résistance à chaque virus. Des prélèvements réalisés en 2019 dans le cadre du projet Extrapol ont permis de déterminer la prévalence des différents virus à l’échelle nationale (plus d'info sur les résultats ici). Suite à ce travail préliminaire, des pucerons virulifères sont multipliés par l'ITB en cages d’élevage puis déposés sur chaque betterave à évaluer. Les premiers résultats montrent qu’il existe des génotypes avec des niveaux de résistance intéressants mais un niveau de productivité très inférieur aux variétés commerciales. En complément des expérimentations au champ, l’équipe « épidémiologie végétale et vection » de l’INRAE de Montpellier évalue les mêmes génotypes dans le cadre du volet variétés du projet ABCD-B. Différents paramètres complémentaires aux observations au champ sont étudiés tels que la charge virale dans les plantes, le taux de fécondité des pucerons ou leur mobilité sur les différents génotypes. Les mécanismes de transmission virale et de résistance génétique sont approfondis dans le cadre du projet Extrapol coordonné par l’INRAE de Colmar. A ce stade, nous pouvons conclure que les efforts de sélection sont notables mais qu’il est difficile de définir à quelle échéance des variétés tolérantes et productives seront disponibles sur le marché.

 

Une investigation est également en cours sur la prémunition, suite à l’observation en 2020 de plantes « anormalement » vertes au milieu de plantes symptomatiques. Il s’agit d’un traitement préventif de certaines maladies, qui consiste à inoculer aux plantes saines des souches peu actives d'un virus pour les protéger contre les attaques de souches plus virulentes.

 

Plantes de services et effets paysagers

 

Ces travaux s’inscrivent dans une recherche d’alternatives à plus long terme que les résistances génétiques. En 2019, l’ITB a mis en place les premiers essais de Graminées inoculées par des champignons endophytes, qui produisent eux-mêmes des lolines à effet insecticide. Ils sont semés en interculture et détruits au plus près des semis des betteraves pour que la libération des toxines ait lieu au moment de l’implantation. La conduite très particulière de cette solution nécessitera plusieurs années d’évaluation.

De nouvelles études sont menées pour tester des dispositifs susceptibles de favoriser la faune auxiliaire, contrôlant le développement des pucerons.

 

L’analyse du réseau d’épidémiosurveillance mis en place par l’ITB depuis 2009 permettra d’orienter les choix techniques qui seront faits. Ces données sont notamment valorisées dans le cadre du projet MoCoRiBa qui vise à cumuler plusieurs couches d’informations : observations de bioagresseurs, pratiques culturales, climat et paysage avoisinant pour une meilleure compréhension des risques sanitaires.

 

Améliorer le diagnostic viral et le conseil

 

Afin d’affiner les préconisations de traitements aphicides contre les pucerons vecteurs, l’ITB travaille sur la mise au point de nouvelles méthodes de diagnostic viral. En effet, le seuil de risque actuel, basé uniquement sur le dénombrement des aptères verts dans les parcelles de betterave, pourrait être affiné pour prédire le risque jaunisse. Pour répondre à ces problématiques, l’ITB et la filière ont donc besoin d’une méthode simple, rapide et fiable pour mesurer le risque jaunisse en temps réel et affiner les préconisations de traitements au plus près du terrain. Les techniques d’amplification isotherme (RT-LAMP) vont ainsi constituer un nouvel axe de recherche dans les prochains mois.

 

Recommandations du Conseil scientifique

 

Dans ses conclusions, l’ITB a mis en avant que le pas de temps de la recherche est long et que les solutions disponibles aujourd’hui pour les agriculteurs ne leur permettent pas de s’affranchir d’un risque jaunisse.

Les membres du Conseil scientifique ont émis des recommandations :

 

  • Des travaux sont à conduire pour mieux comprendre les réservoirs principaux des pucerons, notamment le colza ou les Crucifères en interculture.
  • Des travaux plus approfondis pourraient être menés sur l’appétence des betteraves vis-à-vis des pucerons selon leurs conditions de culture.
  • Des expérimentations doivent combiner l’ensemble des leviers identifiés, le tout dans une approche paysagère.

 

 

 

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Agrément conseil de l’ITB à l’utilisation des produits phytosanitaires n° 7500002.
Le portail EcophytoPIC recense les techniques alternatives à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.


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