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La teigne de la betterave

La teigne de la betterave, Scrobipalpa ocellatella, est un papillon crépusculaire se développant sur les Chénopodiacées en période de stress hydrique. Les larves dévorent les jeunes feuilles et creusent des galeries dans le collet et dans les pétioles, entrainant des pertes de rendement. De plus, elles sont une porte d’entrée pour des maladies telles que le Rhizopus et d’autres pourritures secondaires. 


La teigne a une aire de répartition assez vaste. Cette espèce a été décrite pour la première fois en 1858. Inféodé au départ à Beta maritima, ce lépidoptère s’est adapté à la betterave cultivée Beta vulgaris, devenant ainsi nuisible. Ses premiers dégâts en culture ont été notés en 1874 dans le bassin parisien. Cet insecte est capable de vivre sous des conditions climatiques variées, mais sa nocivité est fortement accentuée par des conditions sèches et chaudes. (BALACHOWSKY, 1966).

Jusqu’à 3 générations par an lorsque les conditions sont favorables

Emergence de l’adulte au printemps

L’adulte émerge au printemps dans les parcelles de betterave de l’année précédente après y avoir hiverné sous forme de chrysalide. Ce petit papillon mesure 10 à 13 mm et vit au minimum 25 jours. 

La journée, il se repose sur la face inférieure des feuilles de betterave ou sous les mottes de terre. La nuit et au lever du jour, des pics de vols de mâles à la recherche de femelles peuvent être observés. 

Une reproduction activée par la présence de betteraves 

L’activité de reproduction est stimulée par l’activité chimique des plantes-hôtes du genre Beta en inhibant la régression des œufs qui se serait produite naturellement en l’absence de betterave au bout de 4 jours. En l’absence de betteraves, la durée de vie des insectes peut être augmentée de 25 à 36 jours. Ainsi, les insectes conservent leur potentiel de reproduction même loin d’une zone betteravière (BALACHOWSKY, 1966 – ROBERT P., BLAISINGER P., SIMONIS M.-T., 1978). 

L’accouplement puis la ponte peuvent avoir lieu dès le 2ème jour après l’émergence. Une femelle peut s’accoupler plusieurs fois au cours de sa vie. Les femelles les plus fécondes sont celles qui ont bénéficié d’une température de 24-25°C pendant leur développement (BALACHOWSKY, 1966– ROBERT P., BLAISINGER P., SIMONIS M.-T., 1978). 

La rugosité du support conditionne la ponte, c’est pourquoi elle a lieu au niveau du bord encore enroulé des toutes jeunes feuilles du cœur, au niveau du collet ou au niveau de crevasses dans la racine, voire sur la terre sèche à proximité de la betterave. Les œufs sont déposés en groupes de 1 à 6 sur les feuilles voire sur la terre. La durée d’incubation des œufs varie en fonction de la température : elle est stoppée en dessous de 11°C, et est optimale à 30°C (4 jours). (BALACHOWSKY, 1966  - EPHYTIA, 2015)

Des chenilles très voraces 

La chenille mesure 0,6 mm au moment de son éclosion et atteint 14 mm au dernier stade. La durée du stade larvaire varie en fonction de la température : plus il fait chaud, plus la vie larvaire sera courte (11 jours à 30°C contre 28 jours à 17°C). Une forte humidité peut être fatale à la chenille. Les 2-3 premiers jours après son éclosion, la larve perce le limbe foliaire et vit en mineuse pendant 2 à 3 jours entre les épidermes. Puis elle migre vers les pétioles dans lesquels elle creuse des galeries.  Elle dévore le cœur de la plante et expulse à l’extrémité de ses galeries ses déjections. Dans les cas des plus fortes infestations, jusqu’à 80 chenilles peuvent cohabiter au sein d’une même betterave. 

Des conditions chaudes et sèches favorables à une 2ème voire une 3ème génération 

Les chenilles adultes cessent de s’alimenter, et quittent leurs galeries pour se former un cocon de 7 à 10 mm de long, dans les couches superficielles du sol (0,5 à 1 cm de profondeur), au cœur des betteraves, ou sur des feuilles sèches. Là encore, plus il fait chaud, plus ce stade nymphal est court (9 jours à 30°C contre 25 jours à 17°C). Une 2ème génération peut donc émerger ensuite jusqu’à l’automne. Si les conditions sont particulièrement favorables, une 3ème génération peut se développer. L’importance de la 2ème et de la 3ème génération est donc conditionnée par la vigueur de la 1ère génération, elle-même fortement conditionnée par les conditions climatiques. 

Une hivernation majoritairement sous forme de chrysalides

A l’automne, les chrysalides sont partiellement en diapause, tous les stades peuvent se côtoyer, mais leur développement est stoppé en dessous de 10°C. (BALACHOWSKY, 1966 - ROBERT P. Ch., BLAISINGER P., 1969 - AHMADI F., MOHARRAMIPOUR S., MIKANI A., 2018). Pour l’hivernation, les chenilles les plus avancées se nymphosent sous forme de chrysalides dans les couches superficielles du sol. Les chenilles les plus âgées peuvent aussi traverser l’hiver sur des betteraves ou des collets de betteraves restant dans les champs ou en silos, sur lesquels elles s’alimentent (ROBERT P. Ch., BLAISINGER P., 1969). Tous les autres stades meurent. (BALACHOWSKY, 1966 - AHMADI F., MOHARRAMIPOUR S., MIKANI A., 2018)

Un ravageur inféodé à la betterave

Ce papillon est inféodé au genre botanique Beta (BALACHOWSKY, 1966) : 

  • Ses hôtes primitifs sont Beta maritima et Beta trigyna
  • Mais le papillon s’est adapté à Beta Vulgaris (Betterave sucrière et fourragère, betterave potagère, poirée ou bette). 


Les ennemis naturels de la teigne 

Plusieurs ennemis naturels ont été observés (BALACHOWSKY, 1966 – DIAGBET) :

  • Les hyménoptères Braconidae 
  • Les hyménoptères Ichneumonidae
  • Les mouches diptères Tachiidae
  • Certaines espèces de fourmies, 
  • La chrysope verte, 
  • Des punaises prédatrices anthocorides du genre Orius et Anthocoris nemoralis
  • Des punaises entomophages du genre Macrolophus.

Cependant, même en cas de forte infestation, 20 % maximum des larves sont parasitées (BALACHOWSKY, 1966). 

Identification du ravageur 

Les œufs et la nymphe sont plus difficilement observables.

Identification des dégâts des larves de teigne 

L’identification des symptômes doit être accompagnée de la vérification de la présence de chenilles ou de leurs déjections ou de soies pour confirmer le diagnostic. Cela permettra d’éviter toute confusion avec notamment une carence en bore qui présente aussi un noircissement du cœur de la betterave. 

Impact sur le rendement 

Les larves de teignes dévorent les jeunes feuilles et creusent des galeries dans les pétioles des feuilles. Cette perte foliaire est amplifiée en situation de stress hydrique. 

De plus, les galeries et morsures causées par les teignes sont des portes d’entrée pour d’autres maladies, et notamment le Rhizopus. Ce champignon, présent dans le sol, attaque les betteraves déjà affaiblies par le stress hydrique et pénètre alors dans les blessures, entrainant une pourriture de la racine. Il est favorisé par des températures supérieures à 35°C, et peut atteindre toute la parcelle.
 

Facteurs de risque 

Les facteurs de risque principaux sont : 

  • des sols superficiels à faible réserve hydrique, dont les betteraves seront plus sensibles aux attaques, 
  • une absence de pluviométrie, 
  • et un non labour. 

Un réseau de surveillance des teignes et du Rhizopus

A l’origine du réseau 

  • Avant 2003 : 
    • Dégâts significatifs au sud de Paris et dans des parcelles non irriguées, observés en septembre  
    • Surfaces concernées < 5000 ha 
    • Gestion par une récolte précoce dans les parcelles touchées
  • 2003 : 
    • Canicule estivale qui a favorisé le développement des teignes et du Rhizopus 
    • Les dégâts très importants du Rhizopus ont modifié l’approche économique du ravageur, justifiant désormais les interventions phytosanitaires contre la teigne.  
  • 2005 : 
    • Extension à de nouvelles régions : signalement dans l’Oise de la chenille
  • 2006 : 
    • Précocité des attaques de chenille, avec des signalements dès la fin du mois de juin des chenilles dans le Gâtinais, dès le mois de juillet dans l’Yonne puis dans l’Aube. En aout et en septembre des dégâts sont signalés jusqu’au nord de Reims, voire dans l’Aisne du fait de l’absence de précipitations. 
    • Le climat a par la suite été défavorable au développement du Rhizopus, ce qui a limité les pertes.
  • 2007 : Mise en place d’un réseau de surveillance spécifique sur la teigne.  

Surveiller pour mieux intervenir lorsque c’est nécessaire

Ce réseau permet de suivre l’évolution des régions concernées par des attaques de teignes, et de renforcer la surveillance en augmentant le nombre de parcelles suivies (cf. ci-dessous).  Chaque semaine jusqu’à la récolte, l’analyse de risque des teignes est diffusée dans le Bulletin de Santé du Végétal, ainsi que dans les notes d’informations régionales de l’ITB.  Depuis quelques années, les dégâts de rhizopus sont également signalés lorsque les conditions climatiques ont favorisé son développement.

 
 

Surveiller l’apparition et le développement des teignes et du Rhizopus 

Le Bulletin de Santé du Végétal (BSV) permet d’appréhender le risque des bioagresseurs. Un peu plus de 100 parcelles du réseau de Surveillance Biologique (SBT) sont suivies du semis à la récolte dans toutes les zones betteravières. Les animateurs de chaque région réalisent ensuite l’analyse de risque à partir des observations remontées de ces suivies et la mettent en ligne dans les bulletins, à consulter sur le site internet de l’ITB, dans la rubrique publications. 

Cette analyse de risque est complétée par des conseils de gestion dans les notes d’informations régionales qui sont communiquées aux planteurs sur le site internet de l’ITB et par e-mail pour les abonnés. 

Focus sur 10 ans de suivi de la teigne ! 

La teigne touche historiquement les régions du sud de Paris, de la Champagne et de l’est de l’Aisne. Mais, depuis 3 ans l‘ensemble du territoire betteravier est touché, en lien avec les conditions estivales particulièrement chaudes. Ainsi le nombre de sites atteints par des teignes est passé de 20 % en moyenne de 2010 à 2013 à près de 40 % en moyenne sur les 5 dernières années. De plus, l’importance des attaques dans la parcelle est beaucoup plus forte avec  le seuil de 10 % de plantes touchées atteint 2 plus fréquemment depuis 2015. 

 

Un ravageur très inféodé aux conditions climatiques 

Une surveillance à l’aide de pièges à phéromones permet d’identifier les vols des papillons. La surveillance est à poursuivre ensuite au niveau des collets des betteraves pour identifier l’arrivée des chenilles et suivre leur développement. En effet, le seul stade qui entraine des dégâts est le stade larvaire. Or les chenilles sont souvent cachées au cœur des betteraves, donc peu accessibles.
De plus, un orage avec des précipitations très importantes peut très bien noyer les chenilles localement dans une parcelle. L’infestation sera alors réduite sans autre intervention. La surveillance de la parcelle, et notamment de la météo locale reste essentielle. 

  • Irriguer si possible : l’apport d’une forte quantité d’eau de façon instantanée favorise la noyade des teignes dans le cœur des betteraves. De plus, limiter le stress hydrique permet de limiter les attaques de Rhizopus
  • En présence de dégâts de chenilles : Appliquer un insecticide en végétation lorsqu’un temps sec est annoncé, au seuil de 10 % de plantes touchées avec présence de chenilles actives, morsures des pétioles et des limbes des jeunes feuilles. Cependant, un contrôle total des populations ne peut pas être garanti avec ces traitements insecticides. 

Pour bénéficier de conseils adaptés, consulter le « Pense-Betterave », ainsi que les informations techniques régionales.  

Recherche de nouvelles solutions 

La biologie des teignes, avec des larves cachées au cœur des betteraves et une succession de générations rendent difficile le positionnement des interventions insecticides. L’ITB réalise des expérimentations sur la recherche de nouvelles matières actives, l’ajout d’adjuvants ou l’amélioration des conditions de pulvérisations. De plus, l’ITB étudie de nouvelles solutions de biocontrôle, que ce soit à l’aide de substances de biocontrôle ou avec l’utilisation de trichogrammes comme macro-organismes régulateurs. L’objectif est que les trichogrammes parasitent les œufs du papillon, empêchant la naissance des futures chenilles dévoreuses de betterave. L’ITB, Tereos et Cristal Union en collaboration avec les sociétés Bioline Agrosciences France et Phyteurop effectuent des travaux afin d’évaluer la mise en œuvre de cette nouvelle technique.


Références

BALACHOWSKY A.S., 1966. Entomologie appliquée à l’agriculture – Traité Tome II : Lépidoptères Premier volume. Masson et Cie Editeurs. 

ROBERT P. Ch., BLAISINGER P., Station de Apologie, I.N.R.A., Colmar, 1969. La teigne de la betterave Scrobipalpa ocellatella Boyd ; existence d’une diapause nymphale, son rôle dans le maintien du ravageur. I.I.R.B. - Vol. 4 - no. 2 - 1969

ROBERT P. Ch., BLAISINGER P., SIMONIS M.-T., Station de Zoologie, I.N.R.A., Calmar, 1978. Influence de messages chimiques d’origine végétale sur la reproduction d’un insecte phytophage : la teigne de la betterave Scrobipalpa Ocellatella Boyd. (Lepidoptera, Gelechiidae). 103e Congrès national des sociétés savantes, Nancy, 1978, sciences, fasc. III, p. 299-310

ITB, IRBAB, IRS, NORDIC SUGAR, LIZ & BISZ, 2009. DIAGBET maladies et parasites.  http://www.itbfr.org/outils-services/diagbet-ravageurs-et-maladies/ 

INRA (2015). Portail EPHYTIA. ephytia.inra.fr   

AHMADI F., MOHARRAMIPOUR S., MIKANI A., 2018. The Effect of Temperature and Photoperiod on Diapause Induction in Pupae of Scrobipalpa ocellatella (Lepidoptera: Gelechiidae)
Environmental Entomology, Volume 47, Issue 5, October 2018, Pages 1314–1322, doi.org/10.1093/ee/nvy082&nbsp;

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