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F. A. Q. Betterave sucrière, pucerons verts, jaunisse et néonicotinoïdes

Retrouvez ici une compilation des réponses techniques aux questions qui défraient l'actualité sur la betterave à sucre, les pucerons verts, la jaunisse et l'usage des néonicotinoïdes.

QU'EST-CE QUE LA BETTERAVE SUCRIÈRE ?

La betterave sucrière sert à produire du sucre, de l'alcool (utilisé par exemple pour la fabrication de parfums ou de gel hydro-alcoolique), du carburant, de l'aliment pour le bétail (pulpes), des amendements organiques et calciques (vinasse, écumes)...

C'est une plante bisannuelle. La première année est consacrée au développement des feuilles et de la racine, la seconde aux graines. Elle n'est cultivée que la première année, pendant sa phase végétative.

A ne pas confondre avec :

  • la betterave potagère : la betterave rouge consommée par l'Homme
  • la betterave fourragère : utilisée en alimentation animale

 

QUELLE EST L'IMPORTANCE DE LA CULTURE DE BETTERAVE À SUCRE EN FRANCE ?

La France, avec 38,17 millions de tonnes de betteraves sucrières, est le 2è producteur mondial de sucre de betterave.

Les 25 000 planteurs français ont planté, en 2020, 423 000 hectares.

 

QU'EST CE QUE LA JAUNISSE ET COMMENT EST ELLE TRANSMISE À LA BETTERAVE ?

Plutôt que de « la jaunisse », il faudrait parler « des jaunisses » puisque 4 virus différents (de 3 familles) de la jaunisse existent :

  • la jaunisse grave : virus BYV
  • la jaunisse modérée : virus BMYV et BChV
  • la mosaïque : virus BtMV 

A noter : 
Les jaunisses sont dues à des virus et non à des parasites ou champignons.
Les virus de la betterave sont endémiques, ils sont présents tous les ans.

Ces jaunisses sont essentiellement transmises aux betteraves sucrières par le puceron vert du pêcher : Myzus persicae
Myzus persicae est une espèce très polyphage, pouvant coloniser plus de 400 espèces de plantes de différentes familles botaniques, dont des espèces cultivées : colza, pomme de terre, tabac, mais aussi blé, orge ainsi que des crucifères d’interculture (radis, vesce).
 

A ne pas confondre avec :

Aphis fabae, le puceron noir de la fève, est un vecteur secondaire de la jaunisse grave mais ne transmet pas les virus de la jaunisse modérée et de la chlorose, les plus présents en France.

Les résidus de betteraves, les repousses foliaires dans les tas de déterrage et de nombreuses adventices présentes sur les terres agricoles et dans les jardins constituent les premiers réservoirs viraux : comme le puceron est extrêmement polyphage, il va se nourrir de la sève de ces plantes réservoirs, puis de celle d'une betterave qu’il contamine.

A ce jour, il n’existe aucun traitement, ni vaccin contre les jaunisses. La seule méthode de lutte consiste à agir contre leur vecteur. 

QUELS TRAITEMENTS SONT ACTUELLEMENT DISPONIBLES ?

Il n’existe pas de produit capable de remplacer les néonicotinoïdes avec la même efficacité. Deux produits montrent néanmoins une bonne efficacité mais avec une durée d’action limitée dans le temps :

  • Le Teppeki homologué en betterave depuis décembre 2018
  • Le Movento, sous dérogation accordée chaque année depuis 2 ans

Le Karaté K (ou Okapi) est également homologué mais déconseillé par l'ITB : il est composé d'un mélange de pyréthrinoïdes et de carbamates. Les dernières analyses moléculaires, réalisées depuis 2018, en collaboration avec l'ANSES, révèlent que 100 % des populations de pucerons sont résistantes aux pyréthrinoïdes et un peu plus de la moitié aux carbamates. De plus, ce produit détruit les populations d’auxiliaires.
 

Résultats d'un essai produits mené par l’ITB contre les pucerons verts en 2020 :

Parcelles touchées par la jaunisse (Aisne - début septembre 2020) - Traitement réalisé dans la parcelle de gauche : Karaté K fin mai - à droite : parcelle traitée avec les produits recommandés par l'ITB

Les néonicotinoïdes utilisés en betterave sont incorporés sur la semence et permettent de s’affranchir de tout traitement aérien complémentaire pour lutter contre les pucerons. Pour compenser l’arrêt des néonicotinoïdes, les agriculteurs ont appliqué en moyenne 1,6 traitements aériens en 2019 et 2,6 en 2020.

QUELLE EST AUJOURD'HUI L'INCIDENCE DE LA JAUNISSE EN FRANCE ET QUELLES EN SONT LES CONSÉQUENCES ?

En 2020, 4 virus appartenant à trois familles virales différentes ont été identifiés. Malgré en moyenne 2,6 traitements aériens, la très forte dynamique des populations de Myzus persicae, avec des vagues successives d’infestations, n’a pas pu être maîtrisée. 

La forme grave de la jaunisse (BYV) est présente sur tout le territoire, contrairement à 2019 où elle était beaucoup moins développée et régionalisée, et systématiquement en co-infection avec l'un des 2 virus de la jaunisse modérée (BMYV ou BChV), ce qui affecte plus fortement la productivité de la plante. Le virus de la Mosaïque (BtMV) est identifié pour la première fois dans la région Centre – Val de Loire : en co-infection avec le virus BYV, il entraîne des pertes pouvant dépasser les 50 %.

En conséquence, la productivité 2020 devrait baisser dans les zones contaminées. Le 16 novembre, le service statistique du ministère de l’Agriculture (Agreste) a revu à la baisse les rendements de la betterave, au plus bas depuis le début des années 2000 : 64,9 t/ha tonnes de betterave à 16° (-20,2 t/ha sur un an) sont prévus, soit le «plus faible rendement depuis 2001.

QU’EST CE QUE LES NEONICOTINOIDES, POURQUOI LES UTILISER ET POURQUOI ILS PRÉSENTENT PEU DE RISQUES POUR L’ENVIRONNEMENT EN BETTERAVE ?

Les néonicotinoïdes sont aujourd'hui la solution la plus efficace pour lutter contre le puceron vert et donc la jaunisse. Ils protègent la betterave pendant 90 à 100 jours, soit au moment où la plante est la plus fragile. Après cette période, des populations de pucerons peuvent se réinstaller mais ils ne présentent alors plus de risques pour la plante.

Cette famille d’insecticides compte 7 molécules différentes, dont 2 qui étaient utilisés jusqu’en 2018 sur betterave en France : le thiaméthoxame et l’imidaclopride. Les effets de ces produits ont fait l’objet de nombreuses études partout dans le monde. Il convient de  bien regarder les effets de chaque substance active et de ne pas les confondre.

Le tableau suivant montre la variabilité de la persistance de chaque substance dans le sol. Les 2 substances utilisées en betteraves ne sont pas classées comme « perturbateurs endocriniens ». L’imidaclopride est d’ailleurs la substance active la plus souvent utilisée pour les colliers anti-puces des animaux de compagnie.

Persistance environnementale des néonicotinoïdes exprimée par leur DT50 dans les sols (durée au bout de laquelle la moitié de la quantité initiale d’une substance utilisée a été détruite), d’après INERIS, 2015 (Données technico-économiques sur les substances chimiques en France : Néonicotinoïdes, DRC-15-136881-07690B, p. 43)
 

Une infime partie du produit peu donc persister dans le sol après la culture de la betterave. De plus, la filière s’est engagée à diminuer les doses utilisées en betterave et « L’interdiction de planter des cultures attractives de pollinisateurs, suivant celles de betteraves » prévue par le gouvernement garantie une non exposition « des insectes pollinisateurs aux résidus éventuels de produits ».

Leur utilisation en betterave est particulièrement peu risquée pour plusieurs raisons : 

  • Le produit est appliqué en enrobage de semence c’est-à-dire que la graine de betterave est entourée d’une couche d’argile (matière enrobante), puis d’une fine couche de néonicotinoïdes et d'un pelliculage qui encapsule le tout. Par conséquent, à aucun moment l’agriculteur n’est en contact direct avec l’insecticide. Cette couche d’argile empêche également la formation de tout nuage de poussière d’insecticide au cours de la manipulation des graines, et notamment des semis, protégeant ainsi l'environnement.
  • La graine enrobée est semée dans le sol à 2,5 cm de profondeur et immédiatement recouverte de terre par le semoir ; elles ne sont donc pas accessibles à la faune (oiseaux, etc.).
  • Les insectes butineurs, tels que les abeilles ne sont jamais exposés aux néonicotinoides sur betterave. La betterave sucrière ne produit pas de fleur quand elle est cultivée. Elle est classée parmi les plantes produisant le moins de guttation.

 

De plus, lorsqu’elle est présente en betterave, la guttation n’est plus observée en journée, lorsque les insectes pollinisateurs se déplacent pour butiner (Raaijmakers, E.E.M.; Hanse, A.C., 2010). Enfin, si la protection insecticide est efficace, la population de pucerons ne se développe pas, les pollinisateurs ne peuvent donc pas être attirés par les exsudats de pucerons.

 

POURQUOI UTILISER LES NEONICOTINOïDES « EN TRAITEMENT D’ASSURANCE » ET NE TRAITER QUE LORSQUE LA MALADIE EST DECLAREE ?

Même lorsque les néonicotinoïdes étaient encore autorisés et afin de contrôler la présence de ravageurs et de jaunisse, l’ITB a semé, comme témoin, tous les ans depuis 2010 des parcelles de 2 à 3 ha avec des semences sans traitements néonicotinoïdes. Chaque année, des pucerons et des symptômes de jaunisse ont été systématiquement observés. Les virus de la jaunisse sont ainsi endémiques sur notre territoire.

A noter :

  • Un seul puceron donne naissance chaque jour à 4 nouveaux pucerons
  • Un seul puceron virulifère peut à terme, directement et via sa descendance, contaminer 600 betteraves.

Ainsi même, si une très faible proportion de pucerons (inférieure à 1 %) est virulifère en début de printemps, l’épidémie se propage à très grande vitesse. 

EST-IL VRAI QUE LES PARCELLES DE BETTERAVE BIO NE SONT PAS TOUCHÉES PAR LA JAUNISSE ?

Aujourd'hui seuls 1500 ha sont cultivés en bio en France. Cela représente moins de 0,5 % de la surface betteravière française.
Toutes les parcelles bio suivies par les délégués régionaux de l'ITB et situées en zone infestée sont touchées par la maladie de la même manière que les parcelles conventionnelles. 
 

Parcelle bio dans la région Centre, le 7 août 2020 :

D'autres parcelles bio peuvent présenter peu de dégâts, dans des zones où les parcelles conventionnelles présentent elles aussi peu de symptômes. Dans ces zones où les pucerons ont été peu présents cette année, les parcelles bio et conventionelles sont moins touchées par la jaunisse.

EST-IL VRAI QUE LES PARCELLES EN MONOCULTURE SONT PLUS TOUCHEES PAR LA JAUNISSE ?

NON : la monoculture n’est pas pratiquée en betterave en France. La culture de la betterave entre dans une rotation. 

Ne pas confondre avec :
La monoculture est un terme agronomique qui ne doit être confondu avec la culture en mono-espèce (la même plante dans une parcelle). En betterave, elle n’est pas pratiquée. Cela poserait des problèmes de concurrence inter-espèces, de gestion du désherbage, etc. 

 

OÙ EN EST LA RECHERCHE DE SOLUTIONS ALTERNATIVES AUX NÉONICOTINOÏDES ?

L’ITB, les services agronomiques de sucreries et plus largement toute la filière travaillent depuis plusieurs années à la recherche de solutions alternatives aux traitements de semences. Par exemple dès les années 90, les sélectionneurs ont tenté d’identifier des résistances génétiques et dès 2010, l’ITB a lancé un réseau de surveillance des infestations (VigiBet).

Plusieurs pistes sont actuellement travaillées :

  • Variétés tolérantes (à la jaunisse ou aux pucerons) : C’est une piste très prometteuse. Actuellement, 2 variétés sont en cours d’évaluation en 2ème année d’inscription au CTPS, et 2 sont en 1ère année. Des travaux sont également menés pour recenser les espèces virales présentes, pour comparer le comportement de différents génotypes en présence et en absence de pucerons vecteurs de virus ou pour améliorer la connaissance du comportement des pucerons et des mécanismes de transmission des virus. 

Pour tout cela, l’ITB a son propre élevage de pucerons virulifères sous serre :

Mais la recherche de nouvelles variétés et leur mise sur le marché est très longue :

  • Produits de protection des plantes : l’ITB encourage les firmes phytosanitaires afin qu’elles déposent des dossiers d’homologation de nouveaux produits, teste les produits candidats, compare des produits de biocontrôle (substances naturelles et microorganismes). 
  • Plantes de service et insectes auxiliaires : l’ITB évalue actuellement des graminées produisant des champignons qui libèrent dans le sol des toxines à effet insecticide ou insectifuge. Ces plantes, dites endophytes, pourraient être utilisées en interculture avant betterave afin de limiter les infestations de pucerons. D’autres essais sur l’utilisation de plantes favorisant les auxiliaires ou répulsives vis-à-vis des pucerons seront amplifiés dès l’an prochain.
  • Diagnostics viraux : A terme, les tests moléculaires permettront d’analyser le pouvoir virulifère des pucerons en seulement 2 ou 3 heures. L’objectif est de toujours mieux accompagner les agriculteurs et de mieux orienter les traitements.

Un programme de recherche ambitieux est en cours de construction avec l’INRAE pour accélérer la recherche d’alternatives.

QUELLES IDEES NE SERONT PAS UTILISEES EN BETTERAVES ? ET POURQUOI ?

Les idées sont nombreuses pour lutter contre la maladie mais certaines ne pourront être déployées :

  • Retarder les levées : en 2020, la sécheresse et le vent ont perturbé la levée dans certaines parcelles argileuses. Or, toutes les parcelles d'une même zone sont touchées de manière identique par la jaunisse, et ce indépendamment de la date de levée effective des betteraves. Retarder le semis n’a aucun effet sur l'infestation de jaunisse.
  • Modifier les rotations culturales : cette solution n’est valable que pour les ravageurs très spécifiques d’une culture. Ce n’est pas le cas du puceron vecteur des jaunisses virales qui est extrêmement polyphage puisqu'il peut coloniser plus de 400 plantes. Il se nourrit donc des autres grandes cultures.
  • Laisser la nature faire et attendre l’arrivée des auxiliaires : les auxiliaires arrivent toujours après leur nourriture. Le délai de 5 semaines en 2020 après l'arrivée des pucerons était beaucoup trop important pour maitriser le développement de jaunisse virale. Les dégâts étaient faits.

evolution du % de sites atteints par des pucerons et des auxiliaires chaque semaine

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Agrément conseil de l’ITB à l’utilisation des produits phytosanitaires n° 7500002.
Le portail EcophytoPIC recense les techniques alternatives à l’utilisation des produits phytopharmaceutiques.


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