David Vincent : « Un coût de production le plus faible possible »
Agriculteur, membre du comité de pilotage de la plateforme Syppre dans le Lauragais, David Vincent a fait évoluer son système de culture avec une rotation diversifiée, des couverts végétaux et du semis direct sous couvert, en visant le coût de production le plus faible possible, et en baissant sa dépendance aux intrants chimiques.
David Vincent s’est installé en 1998 à Alairac (Aude), près de Carcassonne, dans le Lauragais (à la limite entre la zone céréalière et la zone viticole), sur une exploitation familiale qui compte aujourd’hui 220 hectares. Un choix de vie pour celui qui aurait pu faire toute autre chose en région parisienne. « J’ai trouvé une situation agronomique dégradée à mon arrivée, des sols usés », explique David. « L’exploitation était historiquement vouée à la viticulture avant la crise du Phylloxera, mais l’intensification de l’agriculture et les caprices du climat ont appauvri les sols argilo-calcaires, ce qui a entraîné une baisse du taux de matière organique, d’où lessivage, érosion, perte de potentiel agronomique ». Il faut ajouter à cela un climat tiraillé entre océanique et méditerranéen, qui provoque l’échaudage du blé dur au printemps et dont les forts coups de chaleur en été pénalisent le tournesol.
« Au départ, je pratiquais un assolement traditionnel blé dur/tournesol, mais les rendements étaient faibles et la monoculture commençait à atteindre ses limites. J’appliquais déjà les Techniques Culturales Simplifiées mais je me suis remis à réfléchir à mon assolement, pas seulement en fonction des primes PAC mais plutôt sous l’angle agronomie/coût de production ». Du fait du faible potentiel agronomique de ses sols, et des coûts en temps et en matériel, David Vincent veut semer et récolter avec des rendements équivalents, mais avec un coût de production le plus faible possible. « Aujourd’hui, j’ai une rotation diversifiée sur 8 ans pour remplacer le travail mécanique du sol par le travail des racines, je pratique le semis direct et la couverture permanente pour améliorer la fertilité de mes sols ». La succession de ses cultures est « impressionnante »: sorgho/pois protéagineux d’hiver/blé dur/couvert/orge d’hiver/couvert/tournesol/pois protéagineux d’hiver/blé dur/avoine/couvert/féverole d’hiver/colza/blé tendre/orge/couvert.
Deux graminées, deux dicots
Au plan commercial, David Vincent produit toutes les cultures que sa coopérative peut valoriser. Il garde une base importante de blé dur, bien adapté au Lauragais, « une année sur trois derrière un pois protéagineux, ce qui représente une économie de 40 à 50 unités d’azote à l’hectare, pour des taux de protéine de 14 % ». Il réduit le tournesol depuis 5 à 6 ans, car il a plus de mal à le réussir en semis direct. « Je réfléchis sur la levée en semis direct, j’espère avoir trouvé une solution mais il me reste à la valider sur plusieurs campagnes ».
David précise sa stratégie d’assolement face au désherbage : « J’alterne deux dicotylédones puis deux graminées pour mixer les familles de désherbants chimiques. Sur les cultures dicotylédones (tournesol, pois), je vais taper fort sur les graminées adventices car il n’y a pas de résistance ; puis je vais faire deux graminées (céréales) pour traiter le problème des dicots et avoir une pression limitée en monocotylédones dans les céréales. Dans tous les cas, une année entre deux céréales n’est pas suffisante, il en faut minimum deux pour faire baisser la pression des adventices ». David Vincent détaille également ses techniques de travail du sol. « Pour les cultures de printemps (tournesol, sorgho), je fais du « pré-traçage » ou strip-till superficiel, je travaille sur 7-8 cm la future ligne de semis pour obtenir une terre fine et réchauffée. Je mets en place une stratégie d’esquive de la sécheresse en semant le plus précocement possible. Pour toutes les autres cultures, c’est du semis direct sous couvert ». S’agissant des couverts, David distingue les intercultures longues, qui entrent dans la rotation et pour lesquelles il sème un mélange féverole/phacélie, et les intercultures courtes. Entre le pois et le blé dur, il va semer un mélange sarrasin/luzerne ou sainfoin. « Je vais récolter le sarrasin et je vais tenter de conserver la luzerne pendant deux ans en couverture permanente ». Entre le blé dur et une deuxième céréale, il sèmera cette fois un mélange moutarde/sarrasin/tournesol. Entre l’orge et la féverole, il implante un sorgho fourrager.
Baisser la dépendance aux intrants chimiques
Quand on veut dresser le bilan de son système de culture, David Vincent a les idées très claires. Point fort : « Je baisse ma dépendance aux intrants chimiques. La meilleure économie, c’est de ne pas avoir besoin de s’en servir ». David a diminué de 20 à 30 % sa consommation d’azote par rapport à il y a 15 ans, mais il constate que l’IFT continue à varier selon les cultures et les années. Point faible : la dépendance au glyphosate, pourtant utilisé à faible dose pour la destruction des couverts. « Même si je pratique une destruction mécanique, je n’atteindrai pas une efficacité de 100 %, sauf à multiplier le nombre de passages. Syppre doit nous apporter des réponses sur ce point précis notamment, mais le temps presse ».
Pour David Vincent, les instituts techniques ont raison de tester avec Syppre des systèmes de culture que les agriculteurs les plus innovants pratiquaient déjà. « Il faut faire bénéficier l’agriculture conventionnelle des apports de l’agriculture de conservation. Celle-ci propose des méthodes nouvelles, mais pas encore appliquées à grande échelle ». Il poursuit : « Beaucoup n’y croient pas. Il suffit de leur dire de venir voir les plateformes, un vrai démonstrateur qui valide la démarche dans les conditions réelles d’une exploitation, mais avec toute la rigueur et la méthodologie des expérimentateurs ». Et de conclure : « Pour le Lauragais, il s’agit de faire des rendements au moins équivalents avec du semis direct sous couvert, c’est-à-dire viser la double performance : productivité et respect de l’environnement ».